Les réflexions décalées d’une Mama Coach — By Malika, la Spider Mama 🕷️
« J’ai peur de l’échec. » Cette phrase, je l’ai entendue plusieurs fois dans des ateliers avec des jeunes. Et à chaque fois, elle me fait réfléchir. Parce que lorsqu’un jeune me dit qu’il a peur d’échouer, je ne me demande pas seulement ce qu’il risque de perdre. Je me demande aussi ce qu’on lui a appris à croire sur l’échec. Chez nous, échouer n’est pas toujours une petite étape sur le chemin. Cela peut devenir une étiquette. On a raté son examen. On n’a pas été retenu. Son projet n’a pas fonctionné. On a perdu de l’argent. On a changé de formation. Et très vite, quelqu’un peut rappeler : « Je t’avais pourtant dit… » <PARSED TEXT FOR PAGE: 50 / 128> Merci. C’est exactement ce dont la personne avait besoin à ce moment-là. 😄 Quand l’échec devient une honte Nous voulons tous que nos jeunes réussissent. Mais parfois, notre désir de réussite est tellement fort que nous leur transmettons involontairement la peur de ne pas réussir. L’enfant qui ramène une mauvaise note apprend parfois davantage à éviter la colère de ses parents qu’à comprendre pourquoi il n’a pas réussi. Le jeune qui choisit une orientation différente peut avoir peur de décevoir. Celui qui lance une activité et échoue peut préférer ne plus en parler. Et celui qui a une idée mais qui doute peut finalement ne rien tenter. À force de vouloir éviter l’échec, on finit parfois par apprendre à éviter le risque. Or, éviter tout risque signifie aussi éviter certaines possibilités d'apprendre. Nous confondons parfois échec et identité Un échec est un événement. Il ne devrait pas devenir une définition de la personne. « Ton projet n’a pas fonctionné » n’est pas la même chose que « tu es incapable d’entreprendre ». « Tu as échoué à cet examen » ne signifie pas « tu es nul ». « Cette relation n’a pas marché » ne signifie pas « tu ne sais pas aimer ». Cela paraît évident lorsqu’on le dit comme ça. Mais dans la réalité, les mots que nous utilisons avec les jeunes peuvent laisser des traces. Et parfois, le jeune finit par parler de lui avec les mots que nous avons utilisés pour le décrire. Apprendre à regarder ce qui n’a pas fonctionné Je crois beaucoup plus à cette question : qu’est-ce que cette expérience peut m’apprendre ? Elle ne transforme pas magiquement un échec en réussite. Elle permet simplement de changer notre manière de le regarder. <PARSED TEXT FOR PAGE: 51 / 128> Un projet qui n’a pas fonctionné peut nous apprendre que le besoin n’était pas bien identifié. Une candidature refusée peut révéler une compétence à renforcer. Une mauvaise orientation peut nous aider à mieux comprendre ce que nous voulons. Une erreur peut nous montrer une limite que nous n’avions jamais vue. Cela demande une certaine maturité. Et cette maturité ne se construit pas uniquement en réussissant. Elle se construit aussi en traversant des expériences qui ne se passent pas comme prévu. Le droit d’essayer Je crois que nos jeunes ont besoin de recevoir quelque chose que nous ne leur donnons pas toujours suffisamment : le droit d’essayer. Essayer ne signifie pas faire n’importe quoi. Cela signifie pouvoir prendre une initiative dans un cadre où l’on sait que l’erreur ne provoquera pas immédiatement une condamnation. C’est particulièrement important lorsque nous parlons d’autodétermination. Comment demander à un jeune de faire des choix si chaque mauvais choix devient une preuve qu’il n’est pas capable de décider ? Il faut bien apprendre à choisir quelque part. Et pour apprendre à choisir, il faut parfois se tromper. Et nous, adultes, pouvons aussi montrer l’exemple Peut-être que l’une des meilleures manières d’aider nos jeunes à ne plus avoir peur de l’échec consiste à accepter de parler de nos propres échecs. Pas pour raconter toutes nos difficultés en détail. Mais pour leur montrer que les adultes aussi se trompent. Que nous avons parfois choisi le mauvais chemin. Que certains projets n’ont pas marché. Que certaines décisions auraient pu être différentes. Et surtout, que l’on peut continuer. <PARSED TEXT FOR PAGE: 52 / 128> Parce que lorsqu’un jeune ne voit autour de lui que des adultes qui semblent avoir toujours su quoi faire, il peut croire que l’incertitude est un problème qui lui appartient. Alors que nous avons simplement appris à mieux cacher nos brouillons. Finalement, que voulons-nous transmettre ? Je ne veux pas d’une jeunesse qui n’a plus peur de rien. La peur a aussi sa fonction. Elle nous invite parfois à réfléchir avant d’agir. Je souhaite plutôt une jeunesse qui sache avancer malgré la peur. Qui puisse dire : « Je ne suis pas sûr que cela fonctionne, mais je vais essayer. » Et si cela ne fonctionne pas, qui puisse prendre le temps de comprendre pourquoi, tirer une leçon et recommencer autrement. Parce que la réussite n’est pas l’absence d’échec. C’est aussi la capacité à ne pas laisser un échec décider de ce que nous sommes. Peut-être qu’au fond, notre responsabilité n’est pas de construire une jeunesse qui réussit toujours. C’est de construire des environnements dans lesquels elle peut essayer, apprendre, tomber et se relever. Et ça, franchement, c’est déjà une belle manière de tisser son avenir. Je regarde. J’écoute. Je questionne. Et je tire le fil. — Malika, la Spider Mama 🕷️ <PARSED TEXT FOR PAGE: 53 / 128>