Si une machine peut répondre presque instantanément à toutes nos questions, qu’allons-nous faire de notre capacité à chercher, à douter et à penser par nous-mêmes ?

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Il y a quelques années encore, lorsqu’un jeune me disait qu’il ne savait pas quelque chose, je trouvais cela parfaitement normal.

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On cherchait ensemble.

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On discutait.

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On ouvrait un livre ou on demandait à quelqu’un qui savait.

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Parfois, on se trompait. Parfois, on trouvait la réponse après plusieurs essais. Et parfois, on repartait avec une nouvelle question.

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Aujourd’hui, il suffit souvent de quelques secondes pour obtenir une réponse.

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L’intelligence artificielle peut nous expliquer un concept, résumer un document, comparer des options, reformuler une idée, produire un texte ou même nous aider à prendre une décision.

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Et je dois reconnaître que c’est fascinant.

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Je l’utilise moi-même.

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Je ne suis donc certainement pas en train de vous faire le discours de celle qui voudrait remettre les jeunes à l’époque de la machine à écrire. 😄

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Au contraire, je pense que nous avons devant nous un outil extraordinaire.

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Mais justement parce qu’il est extraordinaire, il mérite qu’on se pose une vraie question :

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À force de pouvoir obtenir des réponses aussi facilement, sommes-nous encore en train d’apprendre à réfléchir ?

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Le risque n’est peut-être pas que l’IA pense à notre place

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On parle beaucoup de la possibilité que les machines remplacent certaines tâches humaines.

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C’est une question importante, notamment pour les jeunes qui entrent aujourd’hui dans un monde du travail qui sera profondément transformé par l’intelligence artificielle.

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Mais je m’interroge sur un autre risque, plus discret.

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Et si le véritable danger n’était pas que la machine pense à notre place, mais que nous prenions progressivement l’habitude de ne plus penser avant de lui demander de le faire ?

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La nuance est importante.

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Une personne qui utilise l’IA pour approfondir une réflexion n’est pas dans la même situation qu’une personne qui lui délègue systématiquement cette réflexion.

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Dans le premier cas, la machine devient un outil.

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Dans le second, elle peut devenir une béquille.

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Et une béquille utilisée trop longtemps finit parfois par affaiblir ce qu’elle était censée aider.

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Je vois déjà cette tentation apparaître dans certaines pratiques.

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On a une idée, on demande à l’IA de la développer.

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On doit écrire quelque chose, on lui demande de rédiger.

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On ne comprend pas un sujet, on lui demande de l’expliquer.

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On hésite entre deux choix, on lui demande lequel est préférable.

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On reçoit une information, on lui demande si elle est vraie.

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À première vue, tout cela paraît efficace.

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Et ça l’est.

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Mais une question demeure : qu’est-ce que nous sommes encore en train d’exercer nous-mêmes ?

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Nous risquons de perdre quelque chose de précieux : le chemin vers la réponse

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Je crois que nous sous-estimons parfois la valeur du chemin.

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Nous voulons tellement la réponse que nous oublions que chercher, comparer, se tromper, reformuler et recommencer sont aussi des manières d’apprendre.

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Un jeune qui cherche pendant une heure pourquoi une entreprise a échoué ne fait pas seulement l’acquisition d’une information.

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Il développe progressivement sa capacité à analyser.

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Il apprend à distinguer un fait d’une opinion.

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Il découvre que deux sources peuvent raconter différemment la même réalité.

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Il comprend qu’une première explication peut être séduisante sans être juste.

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Il apprend surtout à construire son propre raisonnement.

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Si, à chaque fois, une machine lui donne immédiatement une réponse claire, structurée et convaincante, il peut avoir l’impression d’avoir appris alors qu’il n’a parfois fait que recevoir une conclusion.

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C’est là que je trouve le sujet intéressant.

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La connaissance n’est pas seulement ce que je sais. C’est aussi ma capacité à comprendre comment je suis arrivé à ce que je crois savoir.

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Et cette capacité-là ne se télécharge pas.

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Une réponse peut être juste et quand même ne pas être suffisante

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C’est probablement l’une des choses que nous devons apprendre à nos jeunes à comprendre avec l’intelligence artificielle.

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Une réponse bien écrite n’est pas nécessairement une bonne réponse.

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Une réponse précise n’est pas nécessairement une réponse vraie.

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Et surtout, une réponse pertinente pour quelqu’un n’est pas nécessairement pertinente pour moi.

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Une machine peut me donner dix raisons de choisir une option plutôt qu’une autre. Elle peut comparer les avantages et les inconvénients, organiser les informations et même identifier certains biais.

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Mais elle ne porte pas ma vie.

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Elle ne connaît pas nécessairement mes valeurs profondes, mes responsabilités, mes contradictions, mes expériences ou les conséquences que cette décision aura pour moi.

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Elle peut m’aider à penser.

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Elle ne peut pas vivre à ma place.

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Et c’est précisément là que se trouve, à mon sens, une partie de la valeur irremplaçable de la réflexion humaine.

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Penser, ce n’est pas seulement trouver la bonne réponse

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Nous avons peut-être trop longtemps associé l’intelligence à la capacité de donner rapidement la bonne réponse.

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À l’école déjà, nous avons appris à chercher la réponse attendue.

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Mais dans la vraie vie, les questions les plus importantes n’ont pas toujours une réponse unique.

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Faut-il rester dans un emploi qui nous sécurise alors qu’il ne nous correspond plus ?

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Faut-il privilégier la réussite individuelle ou prendre davantage de temps pour sa communauté ?

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Faut-il accepter une opportunité qui nous éloigne de nos valeurs ?

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Faut-il pardonner ?

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Faut-il partir ?

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Faut-il recommencer ?

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Ce sont des questions auxquelles une machine peut apporter des éléments d’analyse.

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Mais elle ne peut pas décider ce qui donnera du sens à notre vie.

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Parce que réfléchir, ce n’est pas uniquement traiter de l’information.

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C’est aussi hiérarchiser ce qui compte.

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Et cela suppose une personne capable de dire : « Cette information est importante, mais cette valeur compte davantage pour moi. »

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C’est là que commence le jugement.

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Et si nous devenions trop efficaces ?

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Voilà une question qui peut sembler paradoxale.

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Nous cherchons depuis toujours à gagner du temps.

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Les machines sont justement extraordinaires pour cela.

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Mais il y a des choses que nous ne devrions peut-être pas chercher à accélérer à tout prix.

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Comprendre qui nous sommes en fait partie.

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Construire une conviction aussi.

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Apprendre à argumenter, accepter d’avoir tort, changer d’avis après avoir entendu quelqu’un, faire l’expérience d’un échec ou mûrir une décision demandent du temps.

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Ce temps n’est pas nécessairement une perte de productivité.

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Il peut être le lieu même où se construit notre jugement.

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Si nous supprimons systématiquement toutes les étapes inconfortables de l’apprentissage, nous pouvons devenir très efficaces sans devenir beaucoup plus capables.

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Et je crois que c’est là que l’éducation doit évoluer.

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Il ne suffit plus d’apprendre aux jeunes à trouver une information.

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Il faut leur apprendre à interroger l’information qu’ils trouvent.

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Demain, savoir poser une bonne question sera peut-être plus important que savoir donner une bonne réponse

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C’est probablement l’un des grands changements que l’intelligence artificielle nous impose.

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Pendant longtemps, nous avons valorisé celui qui savait.

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Celui qui connaissait les dates, les chiffres, les définitions, les procédures.

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Aujourd’hui, une machine peut accéder et organiser une quantité d’informations qui dépasse largement ce qu’un individu peut mémoriser.

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La valeur humaine se déplace donc.

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Elle ne disparaît pas.

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Elle change de place.

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Elle se trouve davantage dans notre capacité à formuler un problème, à poser une question pertinente, à identifier ce qui manque à une réponse, à faire des liens entre des réalités différentes et à décider ce que nous voulons réellement faire de l’information dont nous disposons.

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Autrement dit, plus les machines deviennent capables de produire des réponses, plus nous devons devenir capables de poser de meilleures questions.

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Et cela demande de la curiosité, de l’esprit critique et une certaine capacité à supporter de ne pas savoir immédiatement.

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Le paradoxe, c’est que l’IA peut aussi nous aider à mieux penser

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Je ne voudrais surtout pas tomber dans le discours « avant c’était mieux ».

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Ce serait faux.

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Une bonne utilisation de l’intelligence artificielle peut justement enrichir notre réflexion.

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Elle peut nous permettre d’explorer rapidement un sujet, de confronter plusieurs points de vue, de repérer des angles morts, de reformuler une idée que nous avons du mal à exprimer ou de nous aider à identifier les questions que nous n’avions pas pensé à poser.

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Le problème n’est donc pas l’outil.

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Le problème, c’est la place que nous lui donnons.

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Est-ce que je l’utilise pour aller plus loin dans ma réflexion ou pour éviter d’avoir à réfléchir ?

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Est-ce que je lui demande de m’aider à construire mon raisonnement ou est-ce que je lui demande directement quoi penser ?

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La différence paraît subtile.

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Elle est pourtant fondamentale.

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C’est aussi une question d’autodétermination

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C’est ici que le sujet rejoint profondément ce que nous défendons à Anansi.

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Pour moi, l’autodétermination ne consiste pas seulement à être libre de choisir.

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Elle suppose d’être suffisamment conscient de ses influences pour pouvoir réellement choisir.

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Or l’intelligence artificielle devient une nouvelle influence dans notre environnement.

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Elle peut nous recommander ce que nous regardons, nous proposer ce que nous achetons, nous aider à choisir une orientation, reformuler nos opinions et parfois même anticiper ce que nous allons demander.

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Cela peut être extrêmement utile.

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Mais plus les outils deviennent capables de nous accompagner dans nos choix, plus nous devons être capables de leur dire :

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« Attends. Je vais réfléchir. »

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C’est peut-être cela, finalement, la nouvelle forme de liberté.

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Ne pas refuser la machine.

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Mais ne pas lui abandonner notre jugement.

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Ce que nous devons apprendre aux jeunes change

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Je pense donc que l’éducation à l’ère de l’IA ne peut plus se limiter à apprendre aux jeunes comment utiliser les outils.

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Ils doivent évidemment savoir les utiliser. Mais ils doivent surtout comprendre leurs limites, vérifier ce qu’ils produisent, confronter leurs réponses à d’autres sources et être capables de repérer lorsqu’une réponse semble convaincante simplement parce qu’elle est bien formulée.

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Surtout, nous devons continuer à leur donner des espaces où ils ont le droit de chercher sans obtenir immédiatement la réponse.

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Des espaces où ils peuvent discuter, argumenter, expérimenter, se tromper et changer d’avis.

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Parce qu’un jeune qui sait utiliser l’IA mais qui ne sait plus construire sa propre pensée restera dépendant de celui qui contrôle l’outil.

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À l’inverse, un jeune qui sait réfléchir pourra utiliser les outils les plus puissants sans leur abandonner sa liberté.

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Et c’est une différence considérable.

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Le regard d’Anansi

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À Anansi Academy, nous parlons beaucoup d’esprit critique, d’argumentation, de créativité et d’autodétermination.

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L’arrivée de l’intelligence artificielle rend ces compétences encore plus importantes.

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Le PAJE – Parcours d’Autodétermination pour une Jeunesse Engagée ne cherche pas simplement à préparer les jeunes à un monde où les technologies seront plus présentes. Il cherche à développer chez eux cette capacité à comprendre ce qui les influence, à questionner ce qu’ils reçoivent, à construire leur propre position et à agir en conscience.

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Parce que demain, le problème ne sera probablement pas de savoir où trouver une réponse.

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La réponse sera partout.

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Le véritable enjeu sera de savoir quelle question mérite d’être posée, quelle réponse mérite d’être crue et quelle décision mérite finalement d’être prise.

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Et cela, aussi puissantes que deviennent nos machines, restera profondément humain.

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Alors je nous laisse avec cette question :

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Quand une machine peut nous donner une réponse en quelques secondes, sommes-nous encore capables de rester suffisamment longtemps avec une question pour vraiment la comprendre ?

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C’est peut-être là que se jouera une partie de notre liberté.

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Je regarde. J’écoute. Je questionne. Et je tire le fil.

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Malika, la Spider Mama 🕷️

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