Les réflexions décalées d’une Mama Coach — par Malika, la Spider Mama 🕷️

En bref : il n’existe pas un profil unique de la jeunesse ivoirienne. Le territoire, les ressources familiales, le parcours scolaire, l’accès aux opportunités et la possibilité de faire entendre sa voix façonnent des trajectoires différentes. Parler des jeunes au pluriel aide à mieux comprendre leurs besoins et à construire des réponses adaptées.

On parle beaucoup de « la jeunesse ivoirienne », comme si elle formait un grand groupe homogène, avec les mêmes envies, les mêmes problèmes et les mêmes rêves. Les jeunes seraient connectés, pressés, attirés par l’entrepreneuriat, en quête d’argent et parfois désabusés face à l’emploi. Tout cela existe. Mais aucun de ces portraits ne suffit à décrire toutes les réalités.

Entre un jeune d’Abidjan, un jeune de Bouaké, de Korhogo, de San Pedro, de Man ou de Yamoussoukro, les possibilités et les contraintes peuvent différer. Et, dans une même ville, deux jeunes du même âge peuvent avoir des trajectoires très éloignées.

Quand on dit « les jeunes », de qui parle-t-on vraiment ?

Imaginons deux jeunes qui souhaitent poursuivre leurs études. L’un peut compter sur le soutien financier de sa famille et accéder à plusieurs établissements. L’autre doit peut-être travailler, participer aux dépenses du foyer ou chercher une formation compatible avec ses moyens. Leur ambition peut être comparable. Les conditions pour la réaliser ne le sont pas forcément.

Ces exemples ne décrivent pas tous les jeunes d’une ville ou d’une famille. Ils invitent plutôt à poser une question avant de proposer une solution : de quels jeunes parlons-nous, et quelles sont leurs conditions concrètes ?

Le Recensement général de la population et de l’habitat de 2021 de l’Institut national de la statistique fournit des repères sur la population et sa répartition. Une analyse de la Banque mondiale consacrée aux usages des nouvelles technologies par les jeunes en Côte d’Ivoire souligne aussi des écarts associés notamment au genre, au niveau d’études, au lieu de résidence et aux zones géographiques. Ces sources ne résument pas l’expérience de chaque jeune. Elles rappellent qu’une moyenne nationale peut masquer des situations différentes.

Le territoire influence les trajectoires

Les possibilités offertes par un territoire influencent les choix. L’accès à une formation, à un réseau professionnel, à un service numérique ou à un dispositif d’accompagnement peut varier d’une localité à l’autre. Le lieu de résidence ne détermine pas l’avenir d’un jeune, mais il peut modifier les ressources qu’il doit mobiliser pour atteindre son objectif.

Partir pour étudier ou travailler peut ouvrir une porte. Cela peut aussi entraîner des coûts, une séparation de la famille et la nécessité de s’adapter à un nouvel environnement. Pour certains, la mobilité est un choix. Pour d’autres, elle est une contrainte ou une possibilité inaccessible.

C’est pourquoi un programme conçu dans une grande ville ne devrait pas être reproduit partout sans écouter les personnes concernées. Il faut vérifier les besoins, les ressources disponibles et les obstacles propres à chaque contexte.

À Abidjan aussi, les parcours sont différents

La diversité ne se limite pas aux différences entre les villes. Dans un même quartier, les ressources familiales, les responsabilités, le parcours scolaire, le genre, les réseaux et l’accès à l’information peuvent ouvrir ou fermer certaines possibilités.

Un jeune qui peut financer plusieurs formations n’a pas les mêmes marges de manœuvre qu’un jeune qui doit choisir selon le budget de sa famille. Un autre peut aider dans une activité familiale, chercher un revenu rapidement ou hésiter encore sur son orientation. Dire à tous « fais des efforts et réussis » ne répond pas à la question : avec quels moyens, quel soutien et quelles options réelles ?

La responsabilité individuelle compte. L’environnement compte aussi. Reconnaître les contraintes ne revient pas à nier la capacité d’agir. Cela permet de mieux comprendre ce qu’un jeune peut choisir et les appuis dont il a besoin pour avancer.

Sortir du portrait-robot du jeune Ivoirien

Parler de « la jeunesse » comme d’un bloc peut produire un portrait qui ne ressemble finalement à personne. Tous les jeunes ne sont pas connectés de la même manière. Tous ne souhaitent pas entreprendre, partir à l’étranger ou devenir créateurs de contenu. Certains cherchent la stabilité d’un emploi. D’autres veulent reprendre une activité familiale, créer une entreprise, devenir artistes, poursuivre leurs études ou prennent encore le temps de choisir.

Ces aspirations ne sont pas nécessairement opposées. Elles peuvent évoluer avec les expériences et les possibilités rencontrées. Il est donc préférable de demander aux jeunes ce qu’ils souhaitent construire plutôt que de leur attribuer une ambition au nom de leur génération.

Écouter les jeunes avant de décider pour eux

Nous parlons souvent des jeunes : de leurs comportements, de leurs difficultés et de leurs aspirations. Mais leur demandons-nous assez souvent : « Comment vois-tu les choses ? » Écouter ne signifie pas être d’accord avec chaque réponse. Cela signifie reconnaître au jeune une place dans la conversation et chercher à comprendre son expérience avant de lui proposer une solution.

Pour les parents, les enseignants, les associations et les décideurs, quelques questions peuvent ouvrir un échange plus utile :

  • Qu’est-ce qui compte le plus pour les jeunes concernés, selon leurs propres mots ?
  • Quelles possibilités sont réellement accessibles dans leur territoire et leur situation ?
  • Quels obstacles rencontrent-ils, et lesquels peuvent être levés par les adultes ou les institutions ?
  • Comment peuvent-ils participer à la conception, à la mise en œuvre et à l’évaluation des réponses proposées ?

Ces questions évitent de confondre une intention généreuse avec une réponse adaptée. Elles aident aussi à distinguer ce que les jeunes demandent de ce que les adultes supposent qu’ils veulent.

Plusieurs jeunesses, un même besoin : pouvoir agir

Les parcours sont différents, mais beaucoup de jeunes ont besoin de pouvoir apprendre, faire des choix, essayer, se tromper et contribuer à la vie collective. L’autodétermination ne consiste pas à dire : « Tu es libre, débrouille-toi. » Elle suppose des repères, des compétences, des relations de soutien et un espace réel pour prendre part aux décisions.

Pour un programme destiné aux jeunes, cela implique de ne pas mesurer seulement le nombre de participants. Il est utile de se demander qui a pu participer, qui est resté à l’écart, ce que les jeunes ont appris et quelles décisions ils ont pu influencer. Ces questions ne remplacent pas l’évaluation des résultats. Elles aident à voir si l’accompagnement répond à des réalités diverses.

À Anansi Academy, cette conviction nourrit le PAJE : accompagner les jeunes dans la connaissance de soi, l’expression, la décision et le passage à l’action. L’enjeu est de créer des espaces où ils peuvent développer leurs capacités et construire leurs propres réponses avec d’autres.

Questions fréquentes sur la jeunesse ivoirienne

Existe-t-il une seule jeunesse ivoirienne ?

Non. L’expression « jeunesse ivoirienne » désigne une population diverse. Les parcours, les aspirations et les possibilités varient selon plusieurs facteurs, dont le territoire, les ressources, la formation et l’environnement familial. Il faut donc éviter de généraliser à partir d’un seul profil.

Pourquoi parler des jeunes au pluriel ?

Parler de plusieurs jeunesses aide à mieux prendre en compte les différences de situation. C’est utile pour écouter les jeunes et concevoir des actions adaptées à leurs besoins réels plutôt qu’à des idées reçues.

Comment concevoir un programme adapté aux jeunes ?

Commencez par consulter les jeunes concernés. Analysez leurs besoins, leurs ressources et les obstacles rencontrés. Associez-les ensuite aux choix de conception et recueillez leurs retours pendant et après le programme.

Sources et repères

Je regarde. J’écoute. Je questionne. Et je tire le fil.
Malika, la Spider Mama 🕷️

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