Les réflexions décalées d’une Mama Coach — By Malika, la Spider Mama 🕷️

Il y a quelques années, lors d’un atelier à Toumodi, j’ai rencontré un jeune garçon qui

m’a beaucoup marquée.

Il devait avoir entre 13 et 15 ans. Il était en classe de 5e et rencontrait quelques

difficultés en anglais. Ce qui m’avait frappée, ce n’était pas tant sa difficulté scolaire

que la manière dont il en parlait.

Son père était professeur d’anglais.

On pourrait donc penser que la solution était toute trouvée. Un petit coup de pouce du

papa et l’affaire était réglée.

Sauf que non.

Le garçon m’expliquait qu’il avait du mal à comprendre son père et surtout à lui

demander de l’aide. Son père, lui, considérait qu’il devait apprendre à se débrouiller.

Après tout, lui aussi avait grandi sans que personne ne lui tienne la main.

Son conseil était simple : « Débrouille-toi. Cherche. Tu vas trouver. »

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Sur le moment, cette phrase m’a fait réfléchir.

Parce qu’elle contient une belle intention. Elle dit : « Je crois que tu es capable. » Mais

elle peut aussi être entendue comme : « Je ne vais pas t’aider. »

Et entre les deux, il y a tout un monde.

Se débrouiller n’est pas forcément apprendre

Nous utilisons beaucoup cette expression chez nous. Un jeune doit savoir se

débrouiller. Il doit se chercher. Il doit apprendre à ne pas dépendre des autres.

Je suis assez d’accord avec l’idée.

La vie ne nous demandera pas toujours qui est disponible pour nous aider. Il faut

savoir chercher une solution, prendre une initiative, encaisser un échec et

recommencer.

Mais il y a une chose que nous oublions parfois : pour apprendre à se débrouiller, il

faut avoir appris à chercher.

Un enfant ne devient pas autonome simplement parce qu’on cesse de l’aider.

Il devient autonome lorsqu’il a progressivement appris à réfléchir, à poser des

questions, à chercher des informations, à faire des choix et à évaluer ce qui fonctionne

ou non.

Sinon, « débrouille-toi » peut simplement devenir une autre manière de dire : « Fais

comme tu peux. »

Et ce n’est pas tout à fait la même chose.

Nous avons parfois une drôle de conception de l’autonomie

Je le vois aussi chez nous, les parents.

Nous voulons que nos enfants soient autonomes, mais nous avons parfois beaucoup de

mal à les laisser faire.

Lorsqu’ils sont petits, nous décidons de tout. Puis nous continuons à décider parce que

nous connaissons mieux la vie. Ensuite, nous leur reprochons de ne pas savoir prendre

de décisions.

Je caricature un peu. Mais à peine. 😄

Le problème est que l’autonomie ne s’installe pas comme un bouton que l’on allume à

18 ans.

Elle se construit dans les petites choses du quotidien.

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Laisser un enfant faire quelque chose à sa manière, même si ce n’est pas exactement la

nôtre. Lui permettre de choisir entre plusieurs possibilités. Le laisser constater qu’un

choix n’était pas le bon. Lui demander ce qu’il pense avant de lui donner notre

réponse.

Tout cela demande une chose assez difficile pour nous, adultes : accepter qu’il ne

fasse pas exactement comme nous.

Et puis il y a l’échec

Je crois que notre peur de voir les jeunes échouer complique encore les choses.

Nous voulons tellement leur éviter les difficultés que nous intervenons parfois avant

même qu’ils aient eu le temps d’essayer.

Pourtant, comment apprendre à faire face à un problème si quelqu’un règle toujours le

problème à notre place ?

Je ne dis pas qu’il faut laisser les jeunes se fracasser contre tous les murs de la vie.

Nous avons justement un rôle de transmission. Nous pouvons partager nos

expériences, donner des repères, signaler les risques et éviter certaines erreurs inutiles.

Mais transmettre n’est pas faire à la place.

Accompagner n’est pas contrôler.

Et surtout, laisser chercher n’est pas abandonner.

Cette nuance me paraît essentielle.

Ce jour-là à Toumodi

Je me souviens avoir expliqué au jeune garçon que son père ne savait peut-être pas très

bien comment lui montrer son amour et sa confiance.

Cela ne rendait pas sa manière de faire parfaite. Mais cela permettait peut-être au

garçon de regarder son père autrement.

Nous avons parlé. Il a évoqué son dessin, qui semblait être une vraie passion pour lui.

Nous avons parlé de ce qu’il ressentait, de ce qu’il comprenait de la situation.

Puis nous sommes restés là, un moment.

Nous avons pleuré.

Nous nous sommes pris dans les bras.

Je n’ai pas eu la solution à son problème. Et je n’ai certainement pas changé sa relation

avec son père en quelques heures.

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Mais j’espère lui avoir laissé quelque chose.

La possibilité de comprendre que demander de l’aide n’est pas un signe de faiblesse.

Et que devenir autonome ne signifie pas devoir tout faire seul.

Depuis ce jour, je me méfie un peu plus de cette petite phrase que nous lançons si

facilement aux jeunes : « Débrouille-toi. »

Parfois, ils ont effectivement besoin qu’on les laisse chercher.

Mais parfois, ils ont surtout besoin que quelqu’un leur montre comment chercher.

Et ça, c’est aussi notre rôle.

Je regarde. J’écoute. Je questionne. Et je tire le fil.

Malika, la Spider Mama 🕷️


Le fil à retenir : cette réflexion invite à regarder autrement les réalités vécues par les jeunes et à renforcer leur capacité à comprendre, choisir et agir.

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