Les réflexions décalées d’une Mama Coach — By Malika, la Spider Mama 🕷️
Il y a des mots que nous utilisons tellement qu’ils finissent par perdre un peu de leur
sens. La citoyenneté en fait partie. On en parle à l’école, dans les associations, dans les
campagnes de sensibilisation. On demande aux jeunes d’être de bons citoyens,
responsables et engagés.
Mais, à force de leur demander d’être citoyens, avons-nous vraiment pris le temps de
leur demander ce que cela signifie pour eux ?
Je me pose souvent cette question lorsque j’échange avec des jeunes.
Pour beaucoup d’adultes, la citoyenneté semble aller de soi. Être un bon citoyen, c’est
respecter les règles, respecter les autres, prendre soin de son environnement, voter
lorsque vient le moment et ne pas dégrader les biens publics. Tout cela est évidemment
important.
Mais être citoyen, ce n’est pas seulement savoir ce qu’il ne faut pas faire. C’est aussi
se sentir concerné par ce qui se passe autour de soi et avoir le sentiment que l’on peut
y contribuer.
Et c’est là que les choses deviennent intéressantes.
Parce qu’un jeune peut très bien connaître ses devoirs et ne pas se sentir pour autant
acteur de la société dans laquelle il vit.
« Ça ne sert à rien »
Je l’ai entendu sous différentes formes. « De toute façon, ça ne va rien changer. » «
Les adultes ont déjà décidé. » Ou encore : « Moi, je cherche d’abord à me débrouiller.
»
Cette dernière phrase m’interpelle particulièrement.
Je la comprends d’ailleurs assez bien. Lorsqu’un jeune cherche sa voie, une formation,
un emploi ou les moyens d’aider sa famille, la citoyenneté peut sembler bien loin de
ses préoccupations immédiates.
Comment demander à quelqu’un qui cherche encore sa propre place de se sentir
pleinement responsable d’un collectif ?
Mais derrière ce désintérêt apparent, je vois parfois autre chose : une forme de
découragement. Le sentiment que les décisions se prennent ailleurs et que, quoi qu’on
fasse, les choses finiront par être décidées sans nous.
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Et là, je me dis que nous, les adultes, avons peut-être notre part de responsabilité.
Nous parlons beaucoup de participation des jeunes. Mais leur donnons-nous
réellement une place pour participer ? Lorsqu’ils prennent la parole, sommes-nous
prêts à écouter jusqu’au bout ? Et lorsqu’ils proposent quelque chose de différent de ce
que nous avions prévu, sommes-nous capables de leur laisser une chance ?
Parce que la citoyenneté ne peut pas être uniquement une éducation à l’obéissance.
Elle suppose aussi d’apprendre à réfléchir, à faire des choix, à prendre des initiatives et
à assumer les conséquences de ses décisions.
Les jeunes sont-ils vraiment indifférents ?
Je ne le crois pas.
Lorsque je travaille avec eux, je vois au contraire beaucoup de curiosité, de sensibilité
et parfois une vraie envie d’être utiles. Ils observent leur environnement. Ils réagissent
à ce qui leur paraît injuste. Ils se mobilisent pour leurs proches, leurs communautés ou
certaines causes.
Ils ne le font pas toujours de la manière que nous attendons.
Nous avons parfois tendance à considérer que l’engagement doit passer par une
association, une organisation ou une activité que nous identifions comme « citoyenne
». Pendant ce temps, les jeunes investissent d’autres espaces, notamment les réseaux
sociaux, pour s’exprimer, débattre, sensibiliser ou mobiliser.
Tout ce qui se passe sur les réseaux n’est évidemment pas de l’engagement citoyen.
Mais tout n’est pas non plus du simple divertissement.
Peut-être devons-nous simplement apprendre à regarder autrement.
La citoyenneté commence peut-être beaucoup plus tôt
Je pense à nos familles.
Un enfant à qui l’on demande constamment de se taire, de suivre les décisions des
adultes et de ne pas discuter apprend surtout que son rôle est d’obéir. Plus tard, nous
aimerions qu’il prenne la parole, qu’il fasse des propositions et qu’il s’implique dans la
vie collective.
Il faudra alors lui expliquer comment faire.
C’est peut-être là que se trouve une partie du travail.
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La citoyenneté ne commence pas forcément dans une grande institution. Elle
commence dans les petits espaces où l’on apprend à vivre avec les autres. À la maison.
À l’école. Dans un groupe. Dans un quartier.
Elle commence lorsqu’un jeune découvre que son avis compte, que ses choix ont des
conséquences et qu’il peut agir sur une situation au lieu de simplement la subir.
Alors, les jeunes Ivoiriens ont-ils envie d’être citoyens ?
Je ne suis finalement pas certaine que ce soit la meilleure question.
Je crois surtout qu’un jeune s’engage lorsqu’il se sent concerné et lorsqu’il pense que
son engagement peut servir à quelque chose.
Notre rôle n’est donc peut-être pas seulement de lui dire : « Sois un bon citoyen. »
C’est aussi de lui montrer qu’il a une voix, une place et une capacité d’action.
Et surtout, de lui apprendre comment s’en servir.
Je regarde. J’écoute. Je questionne. Et je tire le fil.
Malika, la Spider Mama 🕷️
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Le fil à retenir : cette réflexion invite à regarder autrement les réalités vécues par les jeunes et à renforcer leur capacité à comprendre, choisir et agir.