Les réflexions décalées d’une Mama Coach — By Malika, la Spider Mama 🕷️

Il y a une phrase que j’entends régulièrement dès qu’on parle de jeunesse :

« Les jeunes d’aujourd’hui ne veulent plus travailler. »

Elle arrive souvent avec un petit soupir, parfois accompagné d’un souvenir du genre :

« À notre époque, on travaillait dur. On ne discutait pas. On faisait ce qu’on avait à

faire. »

Je comprends. Nous avons tous, à un moment ou à un autre, regardé une génération

plus jeune que la nôtre en nous demandant ce qui lui était arrivé.

Mais à force d’entendre cette phrase, j’ai fini par me demander : est-ce vraiment le

travail que les jeunes refusent aujourd’hui ? Ou est-ce une certaine manière de

travailler qu’ils acceptent de moins en moins ?

Parce qu’entre « ne pas vouloir travailler » et « ne pas vouloir travailler dans n’importe

quelles conditions », il y a quand même un monde.

« Y’a pas travail » : une phrase qui en dit long

Dans mes échanges avec les jeunes, j’entends souvent une autre phrase : « Y’a pas

travail. »

Et là encore, les deux discours semblent se contredire.

D’un côté, certains adultes disent : « Les jeunes ne veulent pas travailler. »

De l’autre, beaucoup de jeunes répondent : « Mais où est-ce que vous voulez qu’on

travaille ? »

La réalité est probablement plus complexe que l’un ou l’autre de ces récits.

Un jeune qui sort de l’université, qui cherche un premier emploi depuis plusieurs mois

et qui ne trouve rien ne vit pas la même réalité que celui qui refuse systématiquement

toute activité parce qu’elle ne correspond pas à ses attentes. Un autre peut accepter de

vendre en ligne, de faire du commerce, des prestations ponctuelles ou de travailler

dans une petite activité familiale tout en disant qu’il cherche « un vrai travail ».

Et puis il y a cette fameuse expression : « Je veux être entrepreneur. »

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Parfois, c’est une véritable vocation. Parfois, c’est une manière de dire : puisqu’il n’y

a pas de place pour moi quelque part, je vais essayer de créer ma propre place.

Alors oui, certains jeunes ont des attentes élevées. Ils veulent gagner correctement leur

vie, avoir du temps, évoluer, être reconnus et parfois aller vite. Mais est-ce si différent

de ce que nous voulions, nous aussi, lorsque nous avions leur âge ?

Le travail n’a plus tout à fait la même signification

Il y a aussi quelque chose que nous oublions facilement : les jeunes n’entrent pas dans

le monde du travail avec les mêmes références que leurs parents.

Le rapport à l’autorité a changé. Le rapport au temps aussi. Les réseaux sociaux leur

montrent d’autres façons de travailler, d’autres parcours, d’autres niveaux de vie. Ils

voient quelqu’un qui gagne sa vie grâce à une activité en ligne, un autre qui travaille à

distance, un autre encore qui transforme une passion en métier.

Cela crée parfois des illusions, bien sûr. Voir le résultat sur Instagram ou TikTok ne

permet pas toujours de voir les années de travail qui se cachent derrière.

Mais cela change aussi les aspirations.

Pour beaucoup de jeunes, travailler ne signifie plus simplement avoir un salaire à la fin

du mois. Ils veulent aussi apprendre, évoluer, être considérés, comprendre pourquoi ils

font ce qu’ils font et avoir le sentiment que leur travail leur permet de construire

quelque chose.

Et franchement, est-ce une mauvaise chose ?

Le problème commence plutôt lorsque l’attente devient complètement déconnectée de

la réalité. On ne peut pas vouloir l’indépendance financière sans accepter l’effort,

l’apprentissage, les frustrations, les erreurs et parfois les débuts modestes. Une carrière

se construit rarement en trois mois, même si LinkedIn nous donne parfois l’impression

que tout le monde devient directeur avant trente ans.

Mais soyons honnêtes avec nos jeunes aussi

Parce que défendre les jeunes ne signifie pas leur donner systématiquement raison.

Il existe aussi chez certains une difficulté à accepter le temps long, la hiérarchie, les

contraintes ou les tâches qui ne sont pas immédiatement gratifiantes. Certains veulent

le résultat sans toujours accepter le processus qui permet d’y arriver.

Et là, notre responsabilité d’adultes est aussi de leur parler franchement.

La vie professionnelle n’est pas un espace où tout doit être agréable. Il faut apprendre

à être ponctuel, fiable, persévérant, capable de recevoir une remarque, de

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recommencer, de travailler avec des personnes que l’on n’a pas choisies et de faire

parfois des choses qui ne nous passionnent pas.

Ce sont des compétences qui ne s’apprennent pas uniquement dans une salle de classe.

Mais il faut aussi arrêter de présenter la souffrance comme une preuve de valeur.

Avoir connu des conditions difficiles n’oblige pas la génération suivante à les

reproduire pour mériter sa place. « Nous avons souffert, donc vous devez souffrir aussi

» n’est pas une politique de transmission très ambitieuse.

Notre rôle devrait plutôt être de leur transmettre ce que nous avons appris de nos

propres expériences, y compris ce que nous aurions aimé savoir plus tôt.

Et si nous changions un peu la conversation ?

Je crois que nous gagnerions à sortir du débat « jeunes paresseux contre adultes

courageux ».

La vraie question est peut-être ailleurs : comment préparer nos jeunes à travailler

dans le monde qui existe aujourd’hui, tout en leur donnant les moyens de

contribuer à le transformer ?

Cela suppose de leur apprendre à se connaître, à développer leurs compétences, à

comprendre les codes du monde professionnel, à prendre des initiatives et à persévérer.

Mais cela suppose également de leur apprendre à questionner, à négocier, à collaborer

et à défendre leurs idées.

Parce qu’un jeune autonome n’est pas seulement un jeune qui sait « se débrouiller ».

C’est quelqu’un qui peut comprendre son environnement, identifier ses possibilités,

faire des choix et assumer progressivement ses responsabilités.

Et peut-être que c’est là que nous devons nous retrouver, adultes et jeunes.

Les jeunes n’ont pas besoin que nous leur répétions qu’ils sont une génération

différente. Ils le savent déjà.

Ils ont besoin que nous les aidions à transformer cette différence en capacité d’action.

Quant à nous, les adultes, nous pouvons peut-être commencer par remplacer « les

jeunes ne veulent plus travailler » par une question un peu plus intéressante :

qu’avons-nous réellement appris à nos jeunes sur le travail, l’effort, l’argent, la

réussite et la construction d’une vie professionnelle ?

Parce que finalement, transmettre, ce n’est pas seulement dire : « À mon époque, on

faisait comme ça. »

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C’est aussi donner à ceux qui viennent après nous suffisamment de repères pour qu’ils

puissent faire autrement, quand leur époque l’exige.

Je regarde. J’écoute. Je questionne. Et je tire le fil.

— Malika, la Spider Mama 🕷️

Peut-on demander à un jeune d’être différent sans avoir peur du regard des

autres ?

« Qu’est-ce que les gens vont dire ? »

Je crois que beaucoup d’entre nous ont grandi avec cette petite phrase quelque part

dans un coin de la tête.

Elle peut commencer très tôt. La manière de s’habiller. Les amis que l’on fréquente.

La façon de parler. Les études que l’on choisit. Le métier que l’on envisage. La

personne que l’on aime. Même parfois, la manière de rire.

On apprend assez vite qu’il existe ce que l’on peut faire… et ce qu’il vaut mieux éviter

parce que « les gens vont parler ».

Et les gens, chez nous, sont particulièrement bavards. 😄

Mais derrière cette petite plaisanterie se cache une vraie question : comment

demander à un jeune de devenir lui-même si nous lui apprenons en même temps à

avoir peur du regard des autres ?

« Gâter le nom » : quand le regard collectif devient une boussole

Dans beaucoup de familles ivoiriennes, le regard de la communauté compte.

La famille est importante. Le nom que l’on porte aussi. On ne veut pas être celui ou

celle dont on dira : « C’est l’enfant de telle famille et regarde ce qu’il fait. »

Cette vigilance peut avoir une fonction positive. Elle rappelle que nos actes ont des

conséquences et que nous ne vivons pas seuls. Elle peut transmettre le respect, la

responsabilité et le sens du collectif.

Le problème apparaît lorsque le regard des autres devient tellement important qu’il

finit par prendre la place de notre propre jugement.

Un jeune peut alors apprendre à choisir non pas ce qui lui correspond, mais ce qui sera

accepté.

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Il choisit parfois une filière parce qu’elle « fait bien ». Il renonce à une passion parce

qu’elle paraît peu sérieuse. Il cache certaines idées pour ne pas être jugé. Il évite de

prendre la parole parce qu’il a peur de dire quelque chose de « bête ».

Et parfois, il finit par devenir très bon pour répondre aux attentes des autres sans

vraiment savoir ce qu’il attend lui-même de sa propre vie.

Le paradoxe des adultes

C’est là que je trouve notre position d’adultes assez intéressante.

Nous disons à nos jeunes : « Ayez confiance en vous. »

Mais lorsque leur confiance les amène à faire un choix différent du nôtre, nous

devenons parfois beaucoup moins enthousiastes.

Nous leur disons : « Sois toi-même. »

Mais attention à ne pas être trop toi-même.

Nous leur demandons d’avoir de l’ambition, puis nous nous inquiétons lorsqu’ils

visent quelque chose que nous ne connaissons pas.

Nous voulons qu’ils soient autonomes, mais nous avons parfois déjà écrit le scénario

de leur vie dans notre tête.

Et là, je me dis : humm… ma chère, calme-toi. 😄

Parce que finalement, ce n’est pas toujours le jeune qui a peur d’être différent. Il arrive

aussi que ce soit nous qui ayons peur de ce que sa différence va dire de nous.

Être différent ne veut pas dire rejeter ce qui nous a été transmis

Attention cependant à ne pas tomber dans l’autre extrême.

L’objectif n’est pas de fabriquer une jeunesse qui considère toute règle comme une

oppression et toute tradition comme un obstacle.

Nos jeunes ont besoin de repères. Ils ont besoin de connaître leur histoire, leur culture,

leurs responsabilités envers leur famille et leur communauté.

Mais transmettre une valeur ne signifie pas obliger quelqu’un à reproduire exactement

notre manière de vivre.

Il y a une différence entre dire : « Voilà pourquoi cette valeur compte pour nous » et

dire : « Tu dois faire comme nous parce que nous avons toujours fait comme ça. »

La première ouvre une discussion. La seconde ferme souvent la porte.

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Or, grandir, c’est aussi apprendre à faire le tri entre ce que l’on reçoit et ce que l’on

choisit de garder.

Un jeune peut respecter sa famille et choisir un métier différent de celui que ses

parents imaginaient. Il peut aimer profondément sa culture tout en ayant d’autres

références. Il peut être attaché à sa communauté tout en refusant certains

comportements qu’il juge injustes.

Ce n’est pas forcément de l’insolence.

Cela peut simplement être le début d’une pensée personnelle.

Le regard des autres ne disparaîtra jamais

Et soyons réalistes : nous n’allons pas apprendre à nos jeunes à ne plus se soucier du

tout du regard des autres.

Ce serait impossible.

Nous sommes des êtres sociaux. Nous avons besoin d’appartenance, de reconnaissance

et de relations.

L’enjeu est plutôt de leur apprendre à distinguer écouter le regard des autres et vivre

sous le regard des autres.

Le premier peut nous aider à nous remettre en question.

Le second peut nous empêcher d’avancer.

C’est particulièrement important à l’adolescence et au début de l’âge adulte, lorsque

l’identité est encore en construction. Un jeune qui a constamment peur d’être jugé peut

finir par préférer l’invisibilité à l’expression.

Et je repense à ces jeunes que j’ai rencontrés en atelier et qui me disent qu’ils n’aiment

pas parler devant les autres parce qu’ils ont peur d’être regardés, critiqués ou de se

tromper.

Derrière le silence, il n’y a pas toujours un manque d’idées.

Parfois, il y a simplement trop de peur.

Apprendre à choisir sa voie sans couper le fil

C’est peut-être là que nous avons quelque chose à transmettre.

Pas l’indifférence au regard des autres. Pas non plus la soumission à ce regard.

Mais la capacité à se connaître suffisamment pour savoir quand écouter, quand

réfléchir… et quand continuer son chemin malgré ce que les autres vont dire.

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Parce que des gens parleront.

Ils parleront si vous réussissez. Ils parleront si vous échouez. Ils parleront si vous

restez. Ils parleront si vous partez.

Dans tous les cas, ils vont toujours parler.

Alors autant apprendre à vivre une vie qui a du sens pour soi.

Cela demande du courage, mais aussi de la connaissance de soi. Et cette connaissance

ne tombe pas du ciel. Elle se construit avec l’expérience, les essais, les erreurs, les

conversations, les rencontres et parfois quelques belles claques de la vie.

Notre rôle d’adulte n’est donc peut-être pas de protéger nos jeunes de tous les

jugements.

C’est de leur donner suffisamment de sécurité intérieure pour qu’ils puissent les

traverser.

Parce qu’au fond, nous ne voulons pas seulement transmettre à nos enfants la capacité

de respecter ce qui existe.

Nous voulons aussi leur donner la liberté d’imaginer ce qui pourrait exister demain.

Et pour cela, il faut parfois accepter qu’ils tissent un fil qui ne ressemble pas

exactement au nôtre.

Je regarde. J’écoute. Je questionne. Et je tire le fil.

— Malika, la Spider Mama 🕷️

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Le fil à retenir : cette réflexion invite à regarder autrement les réalités vécues par les jeunes et à renforcer leur capacité à comprendre, choisir et agir.

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