« Les jeunes veulent tout, tout de suite. »
Cette phrase revient souvent. On la prononce avec ce petit mélange d’amusement et d’agacement qui veut généralement dire : à notre époque, on savait attendre.
Je l’ai déjà entendue suffisamment pour me demander si nous n’avons pas, nous aussi, un peu arrangé nos souvenirs.
Parce qu’il faut reconnaître une chose : notre époque n’était pas forcément celle de la patience absolue. Nous avions simplement moins de moyens d’obtenir immédiatement ce que nous voulions.
Aujourd’hui, un jeune peut commander quelque chose à quelques clics, apprendre une compétence sur YouTube, contacter quelqu’un à l’autre bout du monde ou voir en quelques secondes la réussite d’une personne de son âge.
Forcément, son rapport au temps est différent.
Mais est-ce vraiment lui qui est devenu impatient ou le monde autour de lui qui s’est accéléré ?
Le problème, ce n’est peut-être pas l’envie d’aller vite
Je rencontre des jeunes qui veulent réussir rapidement.
Je ne leur en veux pas.
À vingt ans, on a souvent envie de commencer à vivre maintenant. On veut gagner son argent, aider sa famille, avoir son indépendance, construire quelque chose.
Et lorsque l’on grandit dans un environnement où l’argent manque, cette envie d’aller vite peut même être très compréhensible.
Un jeune qui veut rapidement devenir indépendant ne pense pas forcément à une voiture ou à une belle maison.
Il peut simplement vouloir pouvoir payer ses études, aider sa mère, prendre en charge certaines dépenses ou ne plus avoir à demander chaque petite chose.
Alors oui, il veut aller vite.
Mais derrière cette vitesse, il y a parfois une urgence.
Le problème apparaît lorsque l’on confond vitesse et absence de travail.
Parce que vouloir réussir rapidement ne dispense pas d’apprendre, de recommencer, de développer ses compétences et d’accepter les étapes intermédiaires.
Et ça, aucun algorithme ne peut encore le faire à notre place.
Nous montrons beaucoup les résultats, très peu le chemin
C’est là que les réseaux sociaux compliquent encore les choses.
Nous voyons quelqu’un annoncer son entreprise, son premier contrat, son voyage, sa promotion ou son succès.
Nous voyons le résultat.
Nous ne voyons pas forcément les cinq années qui l’ont précédé.
C’est un peu comme regarder la finale d’un match sans avoir vu les entraînements.
On peut facilement oublier que derrière une réussite visible, il y a souvent une quantité de travail qui, elle, n’est pas très Instagrammable.
Et soyons honnêtes : « Je me suis levée à 5 heures pendant trois ans pour travailler sur mon projet malgré les échecs » vend moins de rêve que « J’ai réussi ! ».
Mais nous avons aussi notre part de responsabilité
Nous demandons aux jeunes d’être patients, mais nous leur envoyons parfois nous-mêmes des messages contradictoires.
Nous voulons qu’ils réussissent vite. Qu’ils trouvent rapidement un emploi. Qu’ils soient financièrement autonomes. Qu’ils aient un bon salaire. Qu’ils sachent déjà ce qu’ils veulent faire.
À vingt ans.
Et si possible sans faire trop d’erreurs en chemin.
😄 Là, franchement… même la Spider Mama trouve le cahier des charges un peu chargé.
Nous devons peut-être accepter qu’une construction prenne du temps. Un jeune peut changer de formation. Se tromper de métier. Commencer une activité qui ne fonctionne pas. Reprendre ses études. Découvrir une nouvelle passion à vingt- cinq ans. Ce n’est pas nécessairement du retard. C’est parfois simplement le chemin. Apprendre la patience sans apprendre la résignation Attention toutefois : parler du temps long ne signifie pas demander aux jeunes d’attendre passivement. Il y a une grande différence entre patience et résignation. Être patient, c’est continuer à avancer même lorsque le résultat n’est pas immédiat. Se résigner, c’est renoncer à agir parce que l’on pense que rien ne changera. Ce que nous devons transmettre aux jeunes, c’est peut-être justement cette capacité à tenir dans la durée. À faire un premier pas même lorsque le chemin est encore flou. À accepter qu’une compétence se construise. À comprendre qu’un réseau professionnel se développe progressivement. À savoir qu’une entreprise peut avoir besoin de plusieurs essais avant de trouver son modèle. À ne pas abandonner simplement parce que le premier résultat n’est pas celui espéré. Finalement, que voulons-nous leur apprendre ? Je ne crois pas qu’il faille apprendre aux jeunes à ralentir pour ralentir. Le monde va vite. Ils doivent savoir avancer avec lui. Mais ils doivent aussi savoir quand prendre le temps. Le temps d’apprendre. Le temps de réfléchir. Le temps de se tromper. Le temps de construire une relation. Le temps de comprendre qui ils sont. Parce qu’une vie ne se construit pas à la vitesse d’une story. <PARSED TEXT FOR PAGE: 49 / 128> Et peut-être que notre rôle n’est pas de leur dire : « Vous allez trop vite. » Mais plutôt de leur apprendre à distinguer l’urgence qui les fait avancer de l’impatience qui les fait abandonner. Ils ont envie d’aller vite ? Très bien. Aidons-les à construire les jambes qui leur permettront de tenir la distance. Parce qu’au fond, le véritable enjeu n’est pas d’arriver avant les autres. C’est de construire une vie dans laquelle on a encore envie d’avancer une fois arrivé. Je regarde. J’écoute. Je questionne. Et je tire le fil. — Malika, la Spider Mama 🕷️