Si une intelligence artificielle peut déjà faire une partie de ce que nous avons appris à faire pendant des années, que vaut encore le diplôme ?
\nIl y a une question que j’entends de plus en plus chez les jeunes :
\n« À quoi sert encore le diplôme si l’intelligence artificielle peut faire le travail ? »
\nLa question peut sembler provocatrice. Elle ne l’est pas tant que ça.
\nQuand un jeune voit une intelligence artificielle rédiger un texte, analyser des données, traduire un document, construire une présentation ou produire du code en quelques secondes, il peut légitimement se demander pourquoi il passerait plusieurs années à apprendre certaines compétences qu’une machine peut désormais exécuter rapidement.
\nEt je comprends cette interrogation.
\nMais je crois qu’il faut faire attention à la conclusion que nous en tirons.
\nParce que si l’IA transforme la valeur de certaines compétences, elle ne rend pas automatiquement le diplôme inutile.
\nElle nous oblige plutôt à nous demander ce que nous attendons réellement d’un diplôme.
\nEn Côte d’Ivoire, le diplôme reste une réalité
\nIl faut commencer par regarder notre contexte en face.
\nEn Côte d’Ivoire, comme dans beaucoup de pays africains, le diplôme reste un passeport important pour accéder à certaines opportunités. Il permet de franchir des filtres de recrutement, d’accéder à certains concours, de poursuivre des études ou simplement de rassurer un employeur sur le niveau de formation d’un candidat.
\nDire à un jeune : « Le diplôme ne sert plus à rien, apprends simplement à utiliser l’IA », serait donc irresponsable.
\nParce que dans la vraie vie, un jeune peut très bien savoir utiliser ChatGPT, créer des contenus avec l’IA ou automatiser certaines tâches et continuer à se heurter à une réalité très simple : certains employeurs demandent encore un niveau de formation, une certification ou un diplôme.
\nL’IA n’a pas supprimé cette réalité.
\nMais elle est en train de la déplacer.
\nLe diplôme continue de dire quelque chose sur le parcours d’une personne. Il ne dit plus nécessairement tout ce qu’un recruteur veut savoir sur ce qu’elle est capable de faire.
\nEt c’est là que les choses deviennent intéressantes.
\nPrenons un exemple très concret
\nImaginons une jeune Ivoirienne à Abidjan.
\nElle vient de terminer une licence en communication. Elle cherche son premier emploi et découvre qu’elle est en concurrence avec plusieurs dizaines de candidats pour un poste d’assistante communication.
\nSur le papier, son diplôme lui permet de candidater.
\nMais imaginons qu’une autre candidate ait le même niveau académique et qu’elle sache, en plus, utiliser les outils d’intelligence artificielle pour analyser une audience, préparer un calendrier éditorial, produire plusieurs versions d’un contenu, exploiter des données simples et automatiser une partie du reporting.
\nLa deuxième candidate n’est pas nécessairement plus intelligente.
\nElle n’a peut-être même pas de meilleures notes.
\nMais elle sait transformer ses connaissances en résultats avec les outils de son époque.
\nEt dans un recrutement, cette différence peut compter.
\nC’est déjà ce que nous observons dans beaucoup de métiers : le diplôme ouvre la porte, mais la capacité à démontrer ce que l’on sait réellement faire peut décider de la suite.
\nLe vrai changement est là
\nPendant longtemps, nous avons vécu avec une équation assez simple :
\nDiplôme → emploi → expérience → évolution.
\nCette trajectoire existe encore, mais elle devient moins linéaire.
\nAujourd’hui, un jeune peut se former en dehors de l’université, apprendre une compétence en ligne, créer des projets, travailler en freelance, développer une activité sur les réseaux sociaux, se former à l’IA et construire progressivement une expertise sans attendre d’avoir accumulé plusieurs années d’expérience.
\nCela ne signifie pas que tout le monde peut réussir sans diplôme.
\nCela signifie que le diplôme n’est plus la seule preuve de capacité.
\nEt c’est une nuance importante.
\nLe jeune qui possède un diplôme mais qui ne sait pas résoudre un problème concret risque de rencontrer des difficultés.
\nCelui qui possède une compétence mais ne sait pas la démontrer aura également du mal à convaincre.
\nCelui qui combine formation, compétences pratiques, capacité d’apprentissage et expérience concrète dispose, lui, d’un avantage beaucoup plus intéressant.
\nAlors, faut-il choisir entre diplôme et compétences ?
\nJe dirais non.
\nCe serait une fausse opposition.
\nLe diplôme peut apporter une base théorique, une méthode, une discipline de travail et parfois un réseau auquel il serait difficile d’accéder autrement.
\nMais le monde professionnel demande ensuite autre chose : savoir appliquer, collaborer, communiquer, résoudre des problèmes et apprendre rapidement.
\nEt l’intelligence artificielle accentue cette exigence.
\nParce qu’une compétence purement technique peut désormais être partiellement automatisée.
\nCe qui devient plus précieux, ce sont les capacités qui permettent de comprendre quoi faire, pourquoi le faire et comment juger le résultat.
\nUn outil peut générer cinq propositions de campagne.
\nMais qui comprend suffisamment le contexte ivoirien pour savoir laquelle ne sonne pas faux ?
\nUne IA peut produire une analyse.
\nMais qui sait quelles informations méritent réellement d’être prises en compte pour décider ?
\nElle peut rédiger un argumentaire.
\nMais qui sait défendre une position devant un client, écouter une objection et ajuster son discours ?
\nC’est là que l’humain reprend toute sa place.
\nLe diplôme ne garantit plus l’employabilité. Mais son absence ne garantit pas non plus la liberté.
\nJe trouve important de le dire clairement parce que certains discours autour de l’IA donnent aujourd’hui l’impression qu’il suffirait d’être débrouillard, de maîtriser quelques outils numériques et de lancer une activité pour réussir.
\nCe n’est pas la réalité de la majorité des jeunes.
\nTout le monde n’a pas le même accès à Internet, au matériel, aux formations, aux réseaux professionnels ou au capital nécessaire pour entreprendre.
\nEt surtout, tout le monde n’a pas vocation à devenir entrepreneur.
\nIl serait donc dangereux de transformer l’IA en nouveau mythe de la réussite individuelle.
\nElle peut ouvrir des portes.
\nElle peut réduire certaines barrières.
\nElle peut permettre à un jeune d’aller beaucoup plus vite dans son apprentissage.
\nMais elle ne remplace ni le travail, ni l’expérience, ni les relations humaines, ni la connaissance d’un secteur.
\nEt elle ne garantit certainement pas un emploi.
\nCe qui me préoccupe davantage, c’est la manière dont nous préparons les jeunes
\nLa vraie question, à mes yeux, n’est donc pas : « Le diplôme est-il mort ? »
\nElle est plutôt : « Que devons-nous apprendre aujourd’hui pour rester capables d’évoluer demain ? »
\nParce que nous ne savons pas exactement quels métiers seront transformés dans cinq ou dix ans.
\nNous pouvons cependant savoir quelles qualités permettront à un jeune de ne pas rester figé lorsque son métier changera.
\nLa curiosité.
\nLa capacité à apprendre seul.
\nL’esprit critique.
\nLa créativité.
\nLa capacité à travailler avec les autres.
\nLa communication.
\nLe jugement.
\nLa capacité à prendre une décision lorsque les informations sont incomplètes.
\nEt surtout, la capacité à se remettre en mouvement lorsque ce qui fonctionnait hier ne fonctionne plus aujourd’hui.
\nL’IA rend cette capacité d’adaptation encore plus importante.
\nIl va falloir changer notre manière de regarder les parcours
\nPeut-être que demain, le parcours d’un jeune ne se résumera plus à une succession de diplômes.
\nUn recruteur regardera aussi ce qu’il a réalisé, les problèmes qu’il a appris à résoudre, les projets qu’il a menés, les outils qu’il maîtrise et surtout sa capacité à apprendre.
\nCela devrait nous pousser à valoriser davantage les expériences concrètes.
\nUn étudiant qui crée une petite entreprise pendant ses études apprend des choses qu’un cours ne lui enseignera pas nécessairement.
\nCelui qui organise un événement développe des compétences en coordination.
\nCelui qui anime une communauté apprend à communiquer.
\nCelui qui travaille sur un projet associatif découvre la réalité des responsabilités.
\nCes expériences ne remplacent pas forcément un diplôme.
\nMais elles donnent de la chair au diplôme.
\nEt c’est probablement vers cette combinaison que nous devons aller.
\nEt si le vrai diplôme de demain était la capacité à apprendre ?
\nC’est peut-être là que je vois le plus grand enjeu pour notre jeunesse.
\nUn diplôme correspond à un niveau de connaissances acquis à un moment donné.
\nMais le monde dans lequel un jeune va travailler continuera de changer après l’obtention de ce diplôme.
\nLa compétence la plus stratégique pourrait donc être celle-ci : savoir apprendre, désapprendre et apprendre à nouveau.
\nCela demande une forme d’humilité.
\nAccepter de ne pas tout savoir.
\nÊtre capable de remettre en question ce que l’on croyait acquis.
\nSavoir utiliser une technologie sans lui abandonner son jugement.
\nEt comprendre que sa première formation ne sera probablement pas sa dernière.
\nC’est aussi pour cela que je me méfie des discours qui présentent l’IA comme une solution magique aux difficultés d’insertion des jeunes.
\nL’IA ne fera pas disparaître le besoin de formation.
\nElle va probablement nous obliger à réinventer ce que nous considérons comme une bonne formation.
\nLe regard d’Anansi
\nÀ Anansi Academy, cette réflexion rejoint directement notre vision de l’autodétermination.
\nNous ne voulons pas préparer les jeunes uniquement à occuper les emplois qui existent aujourd’hui. Nous voulons contribuer à leur donner les ressources qui leur permettront de comprendre les transformations de leur environnement, de développer leur esprit critique, de faire des choix et de créer leurs propres réponses.
\nC’est le sens du PAJE – Parcours d’Autodétermination pour une Jeunesse Engagée.
\nNous y travaillons la résilience, l’efficacité personnelle, la collaboration, la négociation, l’argumentation et la citoyenneté active, parce qu’un jeune aura besoin de bien plus qu’une compétence technique pour naviguer dans un monde où les technologies évoluent aussi rapidement.
\nAlors, avec l’IA, les jeunes Ivoiriens ont-ils encore besoin d’un diplôme ?
\nOui. Mais ils ont besoin de bien plus que cela.
\nIls ont besoin de savoir faire.
\nIls ont besoin de savoir apprendre.
\nIls ont besoin de savoir réfléchir.
\nIls ont besoin de savoir travailler avec les autres.
\nEt surtout, ils ont besoin de comprendre qu’un diplôme peut attester d’un parcours, mais qu’il ne peut pas, à lui seul, construire une trajectoire.
\nLe diplôme peut ouvrir une porte.
\nCe que le jeune saura faire une fois qu’elle sera ouverte déterminera beaucoup de choses.
\nEt dans un monde où les machines apprennent de plus en plus vite, peut-être que notre véritable avantage ne sera finalement pas de savoir plus de choses qu’elles.
\nCe sera de savoir quoi faire de ce que nous savons.
\nJe regarde. J’écoute. Je questionne. Et je tire le fil.
\n